Biennale d'Oran une démarche culturelle et citoyenne

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La première édition de la biennale d’art contemporain aura lieu du 27 au 29 novembre 2010 à Oran, dans une cité en pleine expansion.La biennale est l’occasion d’une exposition unique en son genre, présentant les œuvres d’artistes contemporains internationaux.

C’est une démarche culturelle et citoyenne car fédérée par l’échange humain et le partage. Elle s’inscrit dans un triangle englobant le Musée des Beaux Arts Ahmed Zabana, le Palais de la Culture et la Cathédrale/Bibliothèque d’Oran.

 

Initiée par Ali Chaouch Tewfik et assisté par l’artiste et curateur oranais Sadek Rahim, la biennale rend également compte du travail des artistes locaux qui souvent manquent d’espaces et de structures pour montrer leurs oeuvres. En gardant sa vocation originale, l’association « Civ-Œil » qui organise la biennale a pour objectif de rendre accessible l’art contemporain au grand public.

Oran est une ville en pleine évolution, où le paysage urbain, en pleine transformation, est avant tout un lieu de mémoire, de croisement et de construction de la culture et de l’identité de chacun. 

Richesses historiques et diversité caractérisent cette ville, véritable carrefour de civilisations, une ville qui prend enfin conscience d’un patrimoine culturel et architectural insolite et dense.

Cette première biennale pose, nous l’espérons, les jalons d’une future plateforme de réflexion et confirme le rôle de l’art dans la cité.

Au-delà du regard rétrospectif, la biennale offre une passerelle vers l’international ,pour aller de l’avant et offre ainsi aux artistes algériens, plus qu’une confrontation: une ouverture vers toutes les expressions artistiques, loin de tout conformisme. C’est pour eux, l’occasion, de témoigner, de défier la mémoire, de s’impliquer dans l’histoire contemporaine afin de bâtir les valeurs artistiques du présent et du futur.

A l’heure de la globalisation, la mobilité des artistes et des œuvres  est une condition nécessaire au rayonnement de l’art d’une ville, d’un pays. La circulation des oeuvres et des artistes contemporains assure la reconnaissance et la pérennité. Les lois tout azimut empêchant leur mobilité sont contre nature.

Mais que manque t-il  à l’Algérie pour devenir un pôle artistique international majeur à l’instar d’Istanbul de Sarjah ou de Séoul sans évoquer Londres, New York ou Paris? Un creuset d’artistes existe bel et bien, le public est en attente, mais le lien entre les deux est rompu, par l’absence d’une véritable politique d’accompagnement des artistes et le manque de lieux d’exposition. Le chaînon manquant c’est aussi l’absence de volonté partagée entre les autorités et les acteurs de l’art pour que nos artistes trouvent l’occasion de vivre de leur art dans leur pays. Seuls les artistes de la diaspora, les «one way ticket» représentés par des galeries internationales sont visibles aux grandes foires internationales et tirent leur épingle du jeu.

Une véritable stratégie de soutien à l’artiste lui permettra non seulement de montrer son travail mais d’être représenté au niveau local et international par des galeries algériennes, encouragées et soutenues au préalable un comité de soutien, afin que nos artistes tentés par l’émigration aient enfin leur «return ticket» (billet aller/return)

Qu’en est-il du marché de l’art ? Il est tout simplement inexistant en raison de l’absence de structures liées, et du faible nombre d'acheteurs potentiels.  Il est lié, certes, à l’argent et aux moyens financiers, mais le reléguer après les besoins matériels et les préoccupations quotidiennes est dangereux pour toute société. C’est courir le risque de polluer les esprits de toute une génération par les besoins bassement matériels souvent distillés par la publicité et la télévision.Réunir les conditions nécessaires pour un marché de l’art en Algérie s’avère fondamental.Forums, débats et séminaires, festivals permettront d’affirmer l’importance de la culture et de l’art et dégageront les grandes lignes pour une vraie politique culturelle et artistique.

Une approche pédagogique vers le public et une analyse sociologique des valeurs artistiques s’impose. En effet, Il est temps de penser l’art en Algérie, par une réflexion globale sur le goût et la valeur artistique, réflexion menée avec les artistes, le public et les sociologues. 

Mais avant toute chose, multiplier les expositions et manifestations artistiques en tous genres  pour permettre à l’artiste de trouver son public, car il est la figure centrale de l’art. Sans un public avisé, point de reconnaissance de l’artiste. Une stratégie de soutien et d’aide pour des nouvelles formes d’art, théâtre, cinéma expérimental, vidéo d’art et œuvres multimédias contribuera au renouveau artistique et aidera à rapprocher les générations.  L’approche pédagogique passe par :La dynamique des expositions (rien ne remplace le face à face avec l’œuvre),La re-éducation du regard de toutes la catégories du public et la mise au point de vraies méthodes d’évaluation des œuvres d’art (percevoir, décrire, interpréter une oeuvre d’art) relayées par des enseignants, des médiateurs, les artistes eux mêmes.

La création d’ateliers d’artistes (workshops) ouverts au public: enseignants, étudiants, enfants, permettra le partage, l’échange des idées, des pensées. Cela permettra aussi de libérer les énergies créatives de la société civile pour qu’intellectuels et  créatifs jouent pleinement leur rôle de citoyens.

Qu’est ce qu’être artiste en Algérie aujourd’hui ?

S’autoproclamer « artiste » ? Sans moyens et sans couverture sociale ? Sans statut ?

L’inscription et la représentation les artistes dans une structure professionnelle, afin qu’ils soient reconnus en tant que tels est plus que jamais nécessaire. Cette structure donnera enfin aux artistes un statut social.

L’approche sociologique passe par l’étude des différentes catégories d’acteurs et acheteurs potentiels (banques, institutions, entreprises, particuliers). Ici le rôle de l’état est primordial, car il est le premier donneur d’ordre pour les acquisitions  d’oeuvres d’art (Musées, Fonds d’art…). Il incite à l’acte d’achat et stimule les collectionneurs.

Le soutien des acteurs de l’art, si peu nombreux (galeries, marchands d’art, centres d’art privés, groupes d’artistes) est plus qu’urgent, car c’est ce sont eux, avec les artistes, qui créent le tissu culturel et artistique d’une ville.  

La formation d’acteurs de l’art par des cursus universitaires (historiens de l’art, conservateurs, commissaires priseurs, critiques d’art) doit figurer dans les programmes d’enseignement et ouvrir des perspectives aux jeunes étudiants.

Sans une véritable communication sur tous les supports et le soutien des médias, toute stratégie culturelle est vouée à l’échec. Provoquer la critique stimule la créativité d’où l’importance de magazines d’art et autres articles de presse ou émissions.

Encourager la création des ateliers d’art, multiplier les musées à thème et galeries d’art, soutenir les associations et fondations d’art, encourager le mécénat d’entreprises privées et publiques sont le défi que doit relever un pays soucieux de ses artistes et de son avenir culturel. L’enjeu est majeur, social et économique.   

Mamia Bretesché

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